Oui
Pierre | November 5, 2008Officiellement infirmier. Ça fait du bien.
Officiellement infirmier. Ça fait du bien.
Verner et Bernier réélus ? J’ai encore du mal à comprendre ce qui se passe au Québec. Je vous souhaite un excellent lendemain de veille électorale.Vous vous sentez cynique ? Laissez Justin Trudeau vous rassurer. Pas convaincu de son franglais? Avant de manger votre vote, laissez vous divertir par Justin Watherhole.
Vous saviez qu’avec lui comme député on se dirige enfin vers un multiculturalisme élargi ?
Étant adolescent, j’aurais bien aimé que mes petites histoires d’amour soient bercées par la poésie de Coeur de pirate…
Mon postulat du jour: Celui qui a pensé au concept “apportez votre vin” dans les restaurants est un génie. Je ne suis pas épicurien, mais l’abondance d’un bon vin accompagné de nourriture et d’amis, c’est vraiment une formule charmante. Je me suis rendu au restaurant à pied en plus, justement pour avoir le plaisir de profiter des différentes bouteilles. Sans avoir abusé (plus jamais…), je pense que c’était la soirée idéale pour introduire subtilement la fin de semaine dégeulasse qui m’attend.
Et puis la soirée s’est terminée dans un local sombre et pousséreux de l’ancienne mairie de l’arrondissement Petite-Patrie. Des amis, d’amis, d’amis y organisaient une soirée “talents”. Lorsqu’on est tous entré, un vieil homme faisait des jeux de mots au micro et ses petits enfants (habillés en super-héros) lui donnaient la réplique. Il y avait une danseuse de baladi, un groupe de musique qui se spécialise dans les pastiches de Nicolas Ciccone et tant d’autres trucs to-ta-le-ment absurdes. Ajoutons à cela l’hystérie de la foule qui se prend au jeu…
J’ai adoré, en bref. Surtout le bar de crudités et de grilled-cheese.
Je viens de terminer le dernier roman de Fred Vargas. “Un lieu incertain”. Comme la majorité des autres il est excellent, mais j’ai mieux aimé “Dans les bois éternels”, son avant-dernier livre. J’ai passé à travers du bouquin en une soirée et ma lecture était ponctuée de longues minutes durant lesquelles j’appréciais le silence de ma chambre. J’ai lu pour me détendre, pour faire passer mon anxiété.
Parce que oui, c’était mon examen professionnel. Et au même moment, à quelques minutes près disons, un membre de ma famille est décédé. Pour les intéressés, je suis un peu du type anxieux et tous ces évènements m’ont bousillés le crâne avant, pendant et après l’examen. Je ne suis certain de rien, je préfère attendre un échec qu’une réussite.
J’en suis pas certain mais je crois que ça ressemble à une crise d’angoisse ou d’anxiété. J’en ai vécu trois dans les dernières années. C’est pas agréable. En général j’ai deux symptômes récurrents. Je deviens insomniaque, parce qu’à chaque fois que je suis sur le point de m’endormir une image anxiogène apparaît et m’éveille. Et je fais de la fièvre. Et en attendant, la crise passe. Je suis encore un peu déconnecté, en orbite, et j’espère redescendre sur terre d’ici quelques jours.
Mes bouquins accumulent la poussière sur la table et y a des boules de mousse grisâtre qui roulent sur mon plancher. La chambre est un vrai bordel; des feuilles, des documents et des mémos partout. On compte plus de poches de thé humides que de mouchoirs souillés dans la poubelle. Voilà bientôt deux semaines que je ne travaille plus.
Je rêve de reprendre ma caméra, ou de réinstaller mon hamac et de gaspiller mes après-midis d’automne à lire. L’automne n’attend personne, elle passe et souffle les feuilles mortes comme on balaie notes miettes de muffin du revers de la main avant de partir en vitesse au travail.
Mais voilà. Tout ce joue en fin de semaine. Ça m’a pris trois ans pour y arriver. L’examen de l’Ordre.
Cet appartement ne possédait aucun charme; il semblait poussiéreux, glauque et peuplé de colocataires amorphes se confondant facilement aux motifs vieillots des vieux divans du salon. J’y sentais cependant un calme étonnant malgré la proximité du centre-ville. Un peu comme un silence étouffé, feutré, confortable.
Un silence déstabilisant et incroyablement doux.
Déjà, la dame aux chats m’avait envoyé un messager la veille. On m’avait remis un petit mémo sur lequel était inscrite l’adresse de la chambre. La lettre mentionnait aussi que la porte d’entrée serait laissée entrouverte et qu’il m’était donc inutile de sonner. Pour des raisons que j’ignore encore, l’entrée se trouvait dans une ruelle perpendiculaire à la rue St-Denis et je devais y monter par un escalier de secours. Une petite poupée moisie et souriante reposait sur le troisième pallier. Le métal rouillé pliait sous mon poids et le crachin d’automne lubrifiait les rampes. Je continuais pourtant à m’y agripper fermement et des écailles de peinture noire restaient collés à ma main. Arrivé au troisième étage, la barricade qui faisait office de porte se lamentait. Mon entrée mit fin aux grincements et le claquement sonore de la porte vint éclairer l’appartement.
De la poussière donc. Assez pour remplir une dizaine d’urnes funéraire. Je me rappelle d’un article intéressant qui précisait qu’au moins une douzaine de mourants par année demandaient à ce que leurs cendres soient dispersées sur le Mont-Royal. Cet appartement devait contenir trois cadavres entiers, minimalement. Restez en paix, je ne fais que passer. Je fis malgré tout un signe de croix, beaucoup plus par ironie que par spiritualité.
Ça sentait la boule à mites dans le salon et le tic tac sonore d’une vieille horloge résonnait. L’occupant de la deuxième chambre se tenait immobile sur son lit, jambes croisées et dos à la porte. J’arpentais le corridor, observant les vieilles peintures qui pendaient aux murs. La majorité d’entre-elles représentaient une jeune fille sans visage dont la posture nous invitait à regarder vers le fond du tableau. Je dis posture, mais quelque chose dans son visage, un jeu d’ombres peut-être, permettait de percevoir son regard improbable.
Des moulures et des boiseries ornaient la porte de la chambre. À l’intérieur, le vide complet. Une vaste pièce, beaucoup plus grande que ma chambre précédente. Très poussiéreuse, comme tout le reste. Il y avait cependant un truc étrange sur le plancher. On distinguait facilement un cercle imparfait gravé sur les lattes de bois. Gravé et brulé, volontairement. Et en son centre, uniquement la lettre “Z”.
“Alors ! C’est douillet non ? Vous le prenez ?”
La dame aux chats. L’intendante du propriétaire. Une petite vieille moustachue et sympathique armée d’une canne, objet qui semble ne lui servir qu’à cela. Nous nous sommes rencontrés au fond d’une bouche de métro, alors qu’elle collait ses petites annonces aux panneaux publicitaires. Moi, je cherchais justement un nouvel endroit où fuir. Je parcourais les pages blanches armé d’un crayon de mine lorsqu’elle m’a tendu une feuille en me disant; “Celui-là il est pour vous. Je vous le garde jusqu’à lundi. Appelez-moi demain et on pourra organiser une petite visite.”
Elle répétait sa question, je reprenais contact avec la réalité en me relevant.
“C’est convenable. La chambre est grande. Mais il y a seulement cette fenêtre…”
Je pointais une grande fenêtre donnant sur la ruelle, mais des lettres commerciales collées contre la vitre obstruaient la vue.”Antoine Brouillard. Détective privé.” suivi d’un numéro de téléphone.
“C’est le nom du locataire précédent. Ce sont ses dernières volontés. Il souhaitait que son nom lui survive, alors il a demandé à ce que l’écriteau de la fenêtre reste intact. Il est mort il y a un mois. On l’a fait incinérer, vous savez ce qu’on a fait de ses cendres ?”
“Laissez-moi deviner…”
Ce sont des petits bouts de textes, écrits dans le métro ou dans le train. Certains sont incohérents et ne s’accrochent à aucun style particulier. En voici un.
Il n’existe aucun paysage qui ne rend compte de l’indescriptible beauté des amants disparus.
Et bientôt, lorsque les perséïdes s’éteindront, il ne restera dans le ciel que leur souvenir.
La nuit viendra éclairer leur tombeau.
Fidèles et naïfs, vous n’aurez d’autre choix que de suivre le chemin de terre. Celui qui mène au-delà de l’amertume, celui qui rejoint la lune.
On pouvait compter trente infirmières, assises en cercle dans la grande salle. Le psychologue animait un atelier sur la gestion du stress et demandait à chacun de décrire son état émotif, cognitif et physique. Bon dernier, j’écoutais un peu trop distraitement ce que les autres avaient à dire. Sauf qu’à la 16e tranche de vie, j’ai du constater que personne dans cette salle n’était vraiment heureux. Certains décrivaient même avec un grand lyrisme, et avec beaucoup trop de détails, tous les éléments problématique de leur vie. Ça m’a donné un choc. Ça m’a montré à quel point j’étais heureux, malgré tout.
Et puis je suis arrivé à la maison, la télé chialait dans le salon. J’ai simplement entendu un annonceur dire avec assurance; “Dans la vie, il n’ont qu’un seul rêve. Participer à Occupation Double.” avant de l’éteindre. Je suis endormi rapidement, très heureux d’avoir des rêves différents.
Je terminais mon cégep et ma période militantiste anti-ZLÉA lorsque le dernier CD des Cowboys fringuants est sorti. Peu à peu, les mots bourgeoisie, so-so-so-solidarité et libArté disparraissaient de mon vocabulaire quotidien. Le CD tournait en boucle dans toutes les radios étudiantes du Québec et durant cette période, plusieurs ami(e)s me confiaient à quel point la chanson Ti-Cul les rejoignait, à quel point elle parlait d’une réalité qu’ils partageaient en silence, jusqu’à en souffrir parfois. J’ai toujours trouvé que cette petite chanson n’était qu’un tas de préjugés sur le cégep, sur ses étudiants et surtout concernant certains programmes (sciences humaines et arts et lettres principalement) . Cependant, je crois aussi qu’on a tous un rêve d’adolescent ou même de cégépien qui refuse de mourir ou de tomber dans l’oubli. Parce qu’un rêve d’adulte, c’est justement un rêve trop réel pour être oublié. Je pense que ce sont ces rêves qui disparaissent avec la routine assommante du travail. Subitement, elle achève d’un coup de .22 cette naïveté d’enfance qui, jusqu’à ce moment précis, arrivait à nous survivre.
Au cégep, je rêvais d’être journaliste. Soit à la radio de Radio-Canada, soit au Devoir ou comme correspondant à l’étranger. J’enviais les participants de Destination Monde et je me voyais déjà prendre des photos historiques. Vous savez, ces images qui conservent la continuité de l’action et du mouvement et qui rendent les secondes intemporelles. Mieux encore, je souhaitais parler au micro sous une pluie de missiles aériens sur le toit d’un édifice désaffecté de Bagdad.
Et vous ?
J’ai longtemps cherché une ligne directrice pour ce journal. Une autre voie que le simple exutoire simili-personnel. Certains utilisent la poésie, d’autres la littérature. Et moi depuis trois ans je me contente d’écrire ce qui me passe par la tête, et parfois ce sont des banalités croquantes pas vraiment constructives. Mais faut-il toujours être constructif et cartésien ? Non, mais ce journal n’a pas d’âme. Et puis avant j’avais le prétexte d’être un étudiant vivant chez ses parents et tenu par le secret professionnel, ça invitait à une monotonie confortable comme vieux divan.
Alors voilà, je vais peut être poster un peu plus de réflexions sur l’aspect très relatif et subjectif de la santé mentale. Ce sujet est une douce folie, dans tous les sens du terme. Alors je me suis dit que j’allais peut être noter toutes ces choses qui me passent par la tête lorsque je reviens du travail sur mon vélo.
C’est à tout ça que je réfléchis. Et à bien d’autres choses aussi. Disons que les dernières semaines ont été mouvementées tant sur le plan professionnel, personnel, émotif et cartésien. Mais bon, tout ça c’est rien de nouveau.