Archipel

December 31st, 2008 § 2

Il est six heures à Reykjavik je te regarde de Montreal. Ici, il fait noir. Je vois les lumières de ta ville mourir devant les premiers rayons et cette faible lueur suffit à me réchauffer.  Et toi tu dors encore. Légèrement comme toujours, je me souviens que ton sommeil semblait parfois aussi volatil qu’un grain de poussière. Tu restais constamment en état d’alerte, un peu comme les derniers éléments de la chaîne alimentaire. Condamnés à la vigilance pour survivre. Condamnés à survivre pour vivre avant de faire face à la grande dévoreuse.

As-tu enfin réussi a rêver? Parfois la distance aide un peu. Les prédateurs n’ont sans doute pas réussi à suivre tes traces. Personne n’a réussi. Tu les as laissés ici, dont quelques uns dans ma chambre je crois. Je fais parfois des cauchemards affreux. Et ils ont la vie dure.

J’ai gardé ta dernière lettre. Une photo aérienne de la ville sans aucun message. Un clin d’oeil timide j’imagine. Tu possède un grand avantage, je me vois mal t’envoyer une carte du biodôme. L’exotisme est sous tes pieds alors que je marche sur la monotonie. C’est confortable, le sentier est plat et bien tracé.

Reykjavik est ma mecque ce soir.  Enfin, pas vraiment puis que pour y orienter son corps et son âme, il faut croire. Et je ne crois plus en toi. Mais cette ville est un temple nordique dans lequel tu as trouvé un refuge que j’espère temporaire. L’estuaire du St-Laurent permet de tracer une ligne courbe sans obstacle entre nos deux îles. Nous habitons le même archipel, Antoine. Et j’aime croire que mes nuits blanches sont éclairées par les lueurs de Reykjavik. En réalité, ce n’est rien d’autre que le centre-ville qui brûle et brûle encore lorsque la nuit s’installe.  On y entends souvent les policiers et les pompiers qui descendent affronter le brasier et qui s’engouffrent sur la rue Sainte-Catherine. En oubliant ce detail, je me rapproche un peu de ton corps. Je te l’ai dit, je ne crois plus. Mais même les athées peuvent encore se surprendre à espérer.

Simplement constater

December 23rd, 2008 § 2

Il faut parfois constater qu’il n’y a tout simplement rien à comprendre.

Et accepter que les comportements humains peuvent être irrationnels, qu’ils sont tributaires de nos expériences personnelles, totalement subjectives. Le problème, c’est que ces expériences créent parfois des comportements qui projettent tout un passé vécu et émotionnel vers l’autre. Et que cet autre l’absorbe naïvement.

Et il n’y comprend rien. Il essaie pourtant.

Cette rationalité devient incompréhensible parce qu’elle est interprétée hors de son contexte. Incompréhensible et destructice. La folie trouve sa source au contact de l’autre.

Brouillon

December 15th, 2008 § 0

- Il voulait se tuer ?

- Il voulait prouver son existence aux autres.

- À lui-même peut-être…

- Peut-être.

Le premier hiver

December 9th, 2008 § 0

La ville s’étend sur un fond blanc et c’est dans un silence feutré par la neige que je regarde les passants parcourir les rues de la Petite-Italie. Devant moi, il y a plusieurs autres appartements tous occupés et tous vides, qui semblement simplement s’intégrer à la ville par esthétisme. Pourtant, il y a ici quatre solitudes dont les vies parallèles ne se croisent que par l’emprunt des détours obligés de la cuisine et de la salle de bain. Les volets sont fermés et l’appartement hiverne, comme si de ne pas avoir toute cette neige nous protégeait du froid.

Where am I?

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