Spectaculaire spectaculaire

September 26th, 2008 § 0

On fêtait un ami dans un “apportez votre vin” hier. Je me suis rendu au restaurant à pied en plus, justement pour avoir le plaisir de profiter des différentes bouteilles. Sans avoir abusé (plus jamais…), je pense que c’était la soirée idéale pour introduire subtilement la fin de semaine dégueulasse qui m’attend.

Et puis la soirée s’est terminée dans un local sombre et poussiéreux de l’ancienne mairie de l’arrondissement Petite-Patrie. Des amis, d’amis, d’amis y organisaient une soirée “talents”. Lorsqu’on est tous entré, un vieil homme faisait des jeux de mots au micro et ses petits enfants (habillés en super-héros) lui donnaient la réplique. Il y avait une danseuse de baladi, un groupe de musique qui se spécialise dans les pastiches de Nicolas Ciccone et tant d’autres trucs to-ta-le-ment absurdes. Ajoutons à cela l’hystérie de la foule qui se prend au jeu…

J’ai adoré, en bref. Surtout le bar de crudités et de grilled-cheese.

Incertitudes

September 24th, 2008 § 1

Je viens de terminer le dernier roman de Fred Vargas. “Un lieu incertain”. Comme la majorité des autres il est excellent, mais j’ai mieux aimé “Dans les bois éternels”, son avant-dernier livre. J’ai passé à travers du bouquin en une soirée et ma lecture était ponctuée de longues minutes durant lesquelles j’appréciais le silence de ma chambre. J’ai lu pour me détendre, pour faire passer mon anxiété.

Parce que oui, c’était mon examen professionnel. Et au même moment, à quelques minutes près disons, un membre de ma famille est décédé. Pour les intéressés, je suis un peu du type anxieux et tous ces évènements m’ont bousillés le crâne avant, pendant et après l’examen. Je ne suis certain de rien, je préfère attendre un échec qu’une réussite.

J’en suis pas certain mais je crois que ça ressemble à une crise d’angoisse ou d’anxiété. J’en ai vécu trois dans les dernières années. C’est pas agréable. En général j’ai deux symptômes récurrents. Je deviens insomniaque, parce qu’à chaque fois que je suis sur le point de m’endormir une image anxiogène apparaît et m’éveille. Et je fais de la fièvre. Et en attendant, la crise passe. Je suis encore un peu déconnecté, en orbite, et j’espère redescendre sur terre d’ici quelques jours.

L’appel à l’ordre

September 18th, 2008 § 5

Mes bouquins accumulent la poussière sur la table et y a des boules de mousse grisâtre qui roulent sur mon plancher. La chambre est un vrai bordel; des feuilles, des documents et des mémos partout. On compte plus de poches de thé humides que de mouchoirs souillés dans la poubelle. Voilà bientôt deux semaines que je ne travaille plus.

Je rêve de reprendre ma caméra, ou de réinstaller mon hamac et de gaspiller mes après-midis d’automne à lire. L’automne n’attend personne, elle passe et souffle les feuilles mortes comme on balaie notes miettes de muffin du revers de la main avant de partir en vitesse au travail.

Mais voilà. Tout ce joue en fin de semaine. Ça m’a pris trois ans pour y arriver. L’examen de l’Ordre.

Le cercle polaire

September 14th, 2008 § 0

Cet appartement ne possédait aucun charme; il semblait poussiéreux, glauque et peuplé de colocataires amorphes se confondant facilement aux motifs vieillots des vieux divans du salon. J’y sentais cependant un calme étonnant malgré la proximité du centre-ville. Un peu comme un silence étouffé, feutré, confortable.

Un silence déstabilisant et incroyablement doux.

Déjà, la dame aux chats m’avait envoyé un messager la veille. On m’avait remis un petit mémo sur lequel était inscrite l’adresse de la chambre. La lettre mentionnait aussi que la porte d’entrée serait laissée entrouverte et qu’il m’était donc inutile de sonner. Pour des raisons que j’ignore encore, l’entrée se trouvait dans une ruelle perpendiculaire à la rue St-Denis et je devais y monter par un escalier de secours. Une petite poupée moisie et souriante reposait sur le troisième pallier. Le métal rouillé pliait sous mon poids et le crachin d’automne lubrifiait les rampes. Je continuais pourtant à m’y agripper fermement et des écailles de peinture noire restaient collés à ma main. Arrivé au troisième étage, la barricade qui faisait office de porte se lamentait. Mon entrée mit fin aux grincements et le claquement sonore de la porte vint éclairer l’appartement.

De la poussière donc. Assez pour remplir une dizaine d’urnes funéraire. Je me rappelle d’un article intéressant qui précisait qu’au moins une douzaine de mourants par année demandaient à ce que leurs cendres soient dispersées sur le Mont-Royal. Cet appartement devait contenir trois cadavres entiers, minimalement. Restez en paix, je ne fais que passer. Je fis malgré tout un signe de croix, beaucoup plus par ironie que par spiritualité.

Ça sentait la boule à mites dans le salon et le tic tac sonore d’une vieille horloge résonnait. L’occupant de la deuxième chambre se tenait immobile sur son lit, jambes croisées et dos à la porte. J’arpentais le corridor, observant les vieilles peintures qui pendaient aux murs. La majorité d’entre-elles représentaient une jeune fille sans visage dont la posture nous invitait à regarder vers le fond du tableau. Je dis posture, mais quelque chose dans son visage, un jeu d’ombres peut-être, permettait de percevoir son regard improbable.

Des moulures et des boiseries ornaient la porte de la chambre. À l’intérieur, le vide complet. Une vaste pièce, beaucoup plus grande que ma chambre précédente. Très poussiéreuse, comme tout le reste. Il y avait cependant un truc étrange sur le plancher.  On distinguait facilement un cercle imparfait gravé sur les lattes de bois. Gravé et brulé, volontairement. Et en son centre, uniquement la lettre “Z”.

“Alors ! C’est douillet non ? Vous le prenez ?”

La dame aux chats. L’intendante du propriétaire. Une petite vieille moustachue et sympathique armée d’une canne, objet qui semble ne lui servir qu’à cela. Nous nous sommes rencontrés au fond d’une bouche de métro, alors qu’elle collait ses petites annonces aux panneaux publicitaires. Moi, je cherchais justement un nouvel endroit où fuir. Je parcourais les pages blanches armé d’un crayon de mine lorsqu’elle m’a tendu une feuille en me disant; “Celui-là il est pour vous. Je vous le garde jusqu’à lundi. Appelez-moi demain et on pourra organiser une petite visite.”

Elle répétait sa question, je reprenais contact avec la réalité en me relevant.

“C’est convenable. La chambre est grande. Mais il y a seulement cette fenêtre…”

Je pointais une grande fenêtre donnant sur la ruelle, mais des lettres commerciales collées contre la vitre obstruaient la vue.”Antoine Brouillard. Détective privé.” suivi d’un numéro de téléphone.

“C’est le nom du locataire précédent. Ce sont ses dernières volontés. Il souhaitait que son nom lui survive, alors il a demandé à ce que l’écriteau de la fenêtre reste intact. Il est mort il y a un mois. On l’a fait incinérer, vous savez ce qu’on a fait de ses cendres ?”

“Laissez-moi deviner…”

Where am I?

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