De l’art de prendre sa place…

March 9th, 2008 § 0

Je vous laisse une copie de mon dernier article pour le petit journal du département des soins infirmiers de mon collège. Bonne lecture.

 

Une réflexion nécessaire

 

Mardi le 19 février 2008, la commission Castonguay présente son rapport éponyme. Ce comité est formé de trois délégués, nommés par les trois partis provinciaux se partageant actuellement le pouvoir. Cette commission devait réfléchir aux enjeux et proposer des solutions concrètes visant à garantir aux Québécois un système de santé efficace, proactif et en meilleure forme que ses usagers. Qu’il soit public ou privé, c’est sans aucun doute sur ce point précis que les opinions sont totalement opposées. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Depuis les derniers mois, plusieurs évènements auraient nécessité une prise de position ferme de notre part; l’arrêt Chaoulli et le rapport Castongay en sont de très bons exemples. À eux seuls, ces deux évènements seront à l’origine de plusieurs changements au cours des prochaines années. Ces changements affecteront non seulement les usagers, mais aussi tous les acteurs du système de santé sans exception. Si le jugement Chaouli ouvre définitivement la porte à une plus grande privatisation du secteur public, le rapport Castongay propose des solutions discutables pour dynamiser le système actuel. Que ces solutions soient bonnes ou mauvaises, là n’est pas la question.

En ce qui concerne la privatisation, la prise de position des médecins généralistes et des médecins spécialistes est nécessaire…tout autant qu’une prise de position de la part des infirmières et des infirmiers du Québec. Déjà, plusieurs groupes dont les Médecins pour l’accès à la santé se sont prononcés. Pourtant, au moment ou les médecins discutent de l’avenir de notre système de santé, on demande aux infirmières si elles sont en faveur du port des “Crocs” dans leur lieu de travail. L’idée ici n’est pas de minimiser l’importance de cette question, mais plutôt d’aborder la nécessité pour notre profession d’occuper la place qui lui revient de droit à l’intérieur de l’espace public.

Si la migration des médecins vers les cliniques privées (malgré certaines restrictions) soulève des inquiétudes, je reste surpris du silence entourant cette même question chez les infirmières. Pire encore ! Les nombreuses agences de placement nous fournissent un exemple idéal de la migration vers le privé. De meilleures conditions de travail, une flexibilité accrue, un salaire compétitif sont les principaux arguments énoncés. Pendant ce temps, la pénurie ne fait qu’augmenter dans le secteur public. Advenant un élargissement de la privatisation en santé, la demande d’infirmières ne fera qu’augmenter, toute chose étant égale par ailleurs. Le système public, déjà en crise, pourra-t-il être aussi compétitif que le secteur privé ?

Les médias encouragent une perception erronée de la problématique entourant l’avenir de notre système de santé. Les médecins ne sont pas les seuls acteurs concernés. La pénurie est omniprésente et une privatisation du secteur de la santé aura des conséquences beaucoup plus larges qu’on nous le laisse entendre. Comme infirmiers et infirmières, nous devons cesser d’être de simples spectateurs. Il est primordial de devenir les acteurs du système dans lequel nous travaillons, justement pour éviter de subir les conséquences des décisions importantes qui auront été prises sans consultation. Non seulement avons nous le droit de nous exprimer, nous en avons aussi le devoir. Pourtant, il m’est d’avis que nous continuons de subir le système, à défaut de participer à son évolution.

Qu’importe que vous soyez en faveur ou non de la privatisation du système de santé ! Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. L’important reste d’y réfléchir, d’avoir une opinion et de prendre position. Un nouveau regroupement possédant une vocation engagée et politique serait-il nécessaire pour nous aider à prendre position ? Il est temps de cesser de considérer notre métier uniquement comme une vocation. Nous devons avant tout le considérer comme une profession.

Groupe de travail sur le financement du système de santé (Commission et rapport Castonguay) : http://www.financementsante.gouv.qc.ca/fr/communiques/index.asp

 

Médecins pour l’accès à la santé : http://www.med.umontreal.ca/santeacces/qui.html

Manu militari

March 5th, 2008 § 0

Dimanche, 16h05. La journée de travail se termine par quelques poignées de main solides, devenues fermes par collégialité et surtout grâce à l’appréhension du changement d’équipe. Un dernier regard vers le salon, un autre en direction de la salle d’attente. Quelques patients tendent la main vers le plafond et je leur réponds du même signe. Je glisse ma carte et le tintement sonore de la porte m’invite à prendre le large. Le temps est confortable, je le suis aussi et je me dirige tranquillement vers ma voiture. Alors que le soleil descend tranquillement et innonde la rivière des Prairies, je prends la 15 en direction de Montfort, un petit village éclaté par collines, marais et lacs. J’arriverai après la lune.

Le chalet invite à la simplicité volontaire et la chambre est d’une beauté rustique difficilement immitable. Je trouve quelques livres intéressants et les place sur mon lit. Comme après chaque fin de semaine de travail, je décante fébrilement en attendant de reprendre un peu le contrôle de mes pensées. Ce faisant, je me concentre sur ma respiration que je découvre assez douce et constante. Je prends connaissance des quatre coins de la chambre, ainsi que de ces objets épars rassurants posés ça et là dans la pièce. Lentement, je perds le contrôle de mes pensées, qui se transforment en rêves étranges et pourtant signifiants, sans aucun doute.

Je me réveille une dizaine de minutes plus tard. On descend en ville pour se sustenter. Au retour, je dois m’habituer à l’absence de technologie. Même la radio FM nous boude. On se rabat sur le AM, en écoutant distraitement une chaine spécialisée en sports et en réalisant à quel point l’homme peut être d’une insignifiance profonde. Je tourne en rond, je lis un peu sans lire vraiment. J’ai du arrêter la machine trop vite, sans sevrage. Le temps est long et j’apprends à en profiter.

Le jour un, mon père et moi partons explorer le lac en raquettes pour découvrir que malgré l’éloignement et la route post-vietnam, nous ne sommes pas si seuls. On profite de l’éclaircissement pour faire un peu de tourisme et admirer ces quelques chalets inhabités qui longent le lac. De retour au cabanon, je profite du foyer pour feuilleter les quelques livres trouvés la veille. Nous soupons avec le grand frère ce soir.

Le frère en question m’a indiqué, la veille, qu’une ancienne base militaire se trouvait dix minutes avant un petit village des Laurentides. Ayant des indications sommaires, je me rends au village en question pour demander à ses habitants à quel endroit se trouve le site. Pas de réponse, du moins des éléments vagues, souvent contradictoires, ne permettant pas d’avoir des informations convaincantes. Je décide de retourner au chalet. Cependant, sur la route j’apperçois l’énorme structure de béton de ce qui me semble être un château, perché au sommet d’une montagne. Je décide de m’y rendre, mais comme dans la vraie vie, la route s’arrête devant une montagne de neige. Ma tercel ne peut aller plus loin. Je sors mes raquettes, mes bâtons et un petit sac de taille pour transporter ma caméra. N’ayant aucune idée précise de la direction à prendre, je décide de couper entre deux montagnes et de monter graduellement en altitude pour apercevoir la forteresse. M’enfonçant dans plus de six pieds de neige, j’avance tant bien que mal vers le sommet d’une petite coline.

La croyance populaire indique que les raquettes empêchent le coureur des bois de s’enfoncer dans la neige. C’est une légende urbaine. Seuls les crampons sont utiles. Ils servent sans aucun doute à tuer un Wendigo ou des carcajoux à l’occasion.

Avant de perdre espoir, je vois une clotûre défréchie, ses restes du moins, qui pend d’une falaise. Le bâtiment est là, je le sais, je le sens. Le reste, je vous laisse l’observer…

Photos disponibles ici (flickr) ou alors via facebook

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