L’homme est aussi un animal, un animal raisonnable. Lorsqu’il est confronté à certains changements, il s’adaptera rapidement à son environnement. Dans l’impossibilité de s’adapter, il modifiera son milieu. Par exemple, si un homme en mauvaise forme physique souhaite monter le mont Washington, deux choix s’offent à lui. Il peut s’entraîner, modifier son régime alimentaire, arrêter la cigarette. Il peut aussi prendre le train jusqu’au sommet de la montagne.
Comme un animal, lorsque je suis arrivé au camp j’ai dû m’adapter. Ça a été un véritable calvaire, ou plutôt un chemin de croix. Je suis parti de la maison, j’ai du mettre un frein à mes nombreuses activités, terminer mes contrats de formation en secourisme, régler les dernières modalités de la bourse que j’ai finalement eue, etc. Les débuts ont été difficiles, je n’étais jamais parti de la maison plus d’une semaine et lors de mes absences j’étais généralement avec mes amis. Je me retrouvais donc dans de nouvelles fonctions de travail, avec des collègues que je connaissais à peine, dans un endroit assez éloigné pour que mon téléphone cellulaire soit hors fonction.
Les premiers jours ont été pénibles. Le travail d’infirmier de camp est intéressant, mais il y a parfois de longues périodes sans aucun cas majeur. Je me tournais les pouces et ça m’énervait. Avant, mes milliers de projets me tenaient occupés et je ne voyais pas trop le temps passer. Et là, soudainement, je n’avais plus rien à faire. J’ai commencé à lire un roman, puis un deuxième… J’ai décidé d’explorer la forêt, de commencer à jogger le matin, juste avant que les jeunes ne se réveillent. J’ai aussi découvert l’herboristerie, puis la réflexologie. Peu à peu, je sentais que mon niveau de stress baissait. Je réalisais surtout à quel point j’étais stressé, occupé, anxieux avant ce changement.
Et voilà maintenant deux semaines que le camp est commencé. L’adaptation est complète. En fait, j’ai aussi dû modifier certaines choses. J’ai apporté mon ordinateur portable, muni d’un accès internet par ligne téléphonique. Il y a aussi mes draps, la tisane et les confitures maison de ma mère qui me réconfortent le soir. Je suis heureux et sans doute en meilleure santé qu’avant. J’apprends beaucoup des nouveaux cas que j’ai ici, j’essaie de mettre en pratique certaines médecines alternatives, j’occupe mes temps libres d’une manière efficace.
Le stress est complètement disparu de mon mode de vie. Lorsque je suis retourné chez moi la fin de semaine dernière, j’ai tout de suite apprécié d’être dans ma chambre, dans mon lit, seul et douillet. Par contre, après à peine 24h à la maison, j’avais déjà hâte de retourner là-bas. Je sais qu’en septembre cette expérience prendra fin. Je sais aussi que je retournerai à mes nombreuses occupations. Mais je crois que ces moments sont précieux et qu’ils font de nous de meilleures personnes. En ce moment, j’ai l’impression d’apprendre plusieurs choses. J’apprends de nouvelles notions médicales, j’apprends à profiter de mes nombreux moments de détente, j’apprends aussi à me connaître un peu mieux.
Je pensais être seul sur ma banquise et j’ai ouvert les yeux. Les formes que je croyais n’être que glace sont venues à moi et m’on fait découvrir à quel point l’homme n’est qu’un vaste territoire inexploré. Et dans la tempête, nous ne sommes jamais seuls puisque la neige qui tombe et qui créé un mur de silence ne sert qu’à nous mettre en contact avec nous-même.

