Si je t’ajoute à la liste des possibles, c’est que tu ne seras jamais une certitude. Et je n’ai aucune autre certitude dans ma vie que la conscience d’exister. Je sais que je respire bien malgré moi et c’est l’essentiel. Je ne peux rien offrir d’autre que la vague hypothèse d’un doute, puisque ce monde n’est que possibilités. Je cours après mes rêves et j’espère en récolter autre chose que du vent.
Hiver
November 29th, 2011 § 2 comments § permalink
Après la mort des feuilles, les criquets s’endorment et se taisent. Leur sifflement est remplacé par le bruit des déneigeuses et des camions chargés d’une neige sale et granuleuse. J’ai l’impression qu’une armée envahi Montréal et ma tête au même moment. Et ma tête. Un grondement sourd accompagne mes rêves, j’entends le bruit des moteurs de l’armée en marche et le convoie passe et repasse encore. On m’ignore, je fais le mort. Je me réveille au matin, heureux d’avoir survécu à une autre nuit glacée.
Le snooze est doux au coeur de l’indien
November 28th, 2011 § 0 comments § permalink
Il y a des matins où tu te lèves en ayant le goût de foutre le bordel dans ta routine, de transgresser les conventions et de recommencer ta vie à zéro.
Il y a des soirs où tu te couches en ayant la satisfaction du devoir accompli. The rest is history.
Cruel, despote et sanguinaire.
November 28th, 2011 § 0 comments § permalink
Lorsque j’arrive du travail vers 17h, j’aime m’installer au salon et regarder les voitures rouler au ralenti. Elles s’alignent les unes aux autres et se perdent dans l’heure de pointe. C’est un plaisir coupable, je sais… Mais c’est plus fort que moi.
Technomade
October 15th, 2011 § 2 comments § permalink
Le paysage défile sous mes yeux. Nous sommes sur l’autoroute Jean Lesage, au milieu des terres agricoles. Je pense furtivement au contenu de mon disque dur , qui reste accessible du bout de mes doigts. J’ai soudainement une impression étrange et inquiétante de nomadisme. Mes racines, mon travail par exemple, ne sont plus rattachées à un lieu physique. Elles se décrivent en nombres binaires et en ondes radio. En un instant, à une vitesse de 119 km/h, il m’est possible d’épurer les bases de données de l’université pour y trouver des articles qui me permettront de réserver ces trois heures de transport à une certaine productivité. Le silence de l’autobus, l’étroitesse des bancs (et ma voisine qui regarde furtivement ce que j’écris… et qui tourne maintenant la tête en fermant les yeux) et l’absence de distraction nous invitent au travail ou à la méditation.
Et le travail avance bien. Ici, je n’ai aucun moyen de distraction autre que l’écran de mon ordinateur. Je me dis qu’après Québec, je pourrais peut-être me rendre à Rimouski ou en Gaspésie. Ou alors, pourquoi pas, redescendre vers la cote Est des États-Unis ? Après tout, la semaine qui arrive sera relativement calme et je peux aussi bien avancer mes travaux à Berlin, Toronto ou Istanbul. Alors pourquoi pas à Paspébiac, Val-Alain ou Rouyn ? Devant le constat de cette liberté, je pourrais me sentir loin de mes proches et voir le nomadisme technologique, le technomadisme, comme la pelle qui creusera le gouffre de ma solitude et m’isolera de toute forme de relations, de vraies relations. Vous savez, celles qui impliquent des poignées de mains, des rires et des pleurs ?
Or, voilà. Mon cercle social, mes amis se sont graduellement dispersés au quatre coin du monde. L. est avocat à Shangai, G. étudie au Burnika Faso et É. déménagera bientôt pour la Suisse, après avoir obtenu un contrat d’un an à Lausanne. Comme moi, ils développeront un nouveau cercle d’amis. Ce réseau sera composé d’habitants locaux ou de voyageurs, mais tous partageront une certaine forme de solidarité. Parce que ces voyageur ne sont plus seulement des retraités ou des étudiants en vacances. Ce sont des travailleurs qui, pour s’adapter au monde du travail, composent désormais avec la réalité du voyage, du déracinement et de la solitude relative. En cela, ils partagent une caractéristique commune faisant foi de leur solidarité inconditionnelle.
Ainsi, le contact de l’autre n’implique désormais plus qu’il soit un étranger à nos yeux. À tout le moins, cette notion se réfère-t-elle maintenant à une fenêtre ouverte sur de nouvelles possibilités qu’à un déroutant sentiment d’incompréhension culturelle. L’autre, l’étranger est lui aussi un technomade. Il transporte sur ses épaules un bagage intéressant qui ne demande qu’à être partagé. Sa rencontre est en soit une expérience d’apprentissage, d’échanges et de réseautage. Un ami facebook potentiel, donc. En ce qui concerne les autres, ceux qui décident de maintenir un mode de vie semblable à celui adopté par nos ancêtres (Vous savez, la famille, la maison, la sédentarité et la stabilité…), la distance et l’éloignement ne rendront que les rencontres amicales plus agréables et transformeront ces évènements en moments uniques et intenses puisqu’ils seront devenus si rares. Enfin, on réalise que la technologie nous déracine et nous entraîne dans l’errance.
C’est un peu ça, l’amitié moderne. Parce que la vie ne se limite plus qu’aux interactions sociales d’une salle de classe, d’un café ou d’un bistro. Elle n’est plus un synonyme de famille. Elle se passe aussi dans les airs, à chaque seconde. Dans cette stratosphère cybernétique, nos fantômes binaires gazouillent en 140 caractères, transmettent de l’information, endossent des mouvements de masse… Un peu comme les tamagochis,, ils évoluent constamment. Comme un enfant en pleine croissance, ils projettent une image socialement construire représentant la somme de nos interactions sociales. Mais ils restent silencieux et ne sont que les spectateurs de la marche de l’évolution.
Demain, il est fort probable que je passe dire bonjour à une amie qui habite maintenant Rimouski. J’utiliserai mon banc d’autobus comme un bureau, une bibliothèque et un salon en attendant de voir son joli visage sur le quai de la gare. J’admirerai son courage et sa détermination, pour avoir choisi de vivre de sa démarche artistique et de ses magnifiques sculptures sur bois. Tout cela en élevant trois jeunes enfants qui ne connaissent pour le moment que le bruit des vagues et le vent froid et incisif de l’hiver. Étendu sur son divan, éveillé malgré l’heure avancée, je réaliserai que mon esprit peut bien parcourir mers et mondes et s’évader autant qu’il le souhaite. Malgré tout, mon corps et mon cœur auront besoin d’une terre noire et fertile pour y enfoncer leurs racines et s’y épanouir.
Après quelques jours de repos et de soupe aux poireaux, je retournerai vers Montréal prendre soin de mes plantes. Pendant ces quelques heures de route, j’espère seulement que cette fois-ci, le Wifi ne sera pas hors service.